N01. À TRAVERS L’EAU archives [ sensibles ]
Un point de DÉPART
Comment commencer autrement qu'en parlant de l'eau ? C'est là que notre précédent voyage s'était interrompu il y a quelques mois. C'est donc ici que nous le reprenons. L'instant où le petit ruisseau se sépare en une multitude de cours d'eau et fleuves.
Avec alter thēa, je cherche à créer un lieu de rencontre favorable entre le thé et l'homme. Et pour que cette rencontre puisse exister, l'eau en est l'élément essentiel. Le point commun, dans les mêmes proportions, à l'homme et la nature.
La première phrase que j'ai lu un jour sur le thé était celle-ci :
« La plus belle eau pour infuser un thé
est celle qui a irrigué sa culture. »
Ces mots ont résonné si profondément en moi que je ressens encore leur vibration.
Cette définition m'indiquait que l'eau parle autant que le thé reconnaît. Deux êtres vivants, présents et conscients. Ce fut le point de bascule pour moi, celui qui m'a conduit de l'apprentissage vers la création, de l'observation vers la recherche.
Pour ce premier chapitre, je n'ai pas d'autre objectif que de vous laisser entrevoir la notion fondatrice du geste. Car au-delà des paramètres techniques existe une dimension profonde : l'origine, le rythme et la mémoire de l'eau. Elle porte un message, et la feuille en porte un autre. Ensemble, elles révèlent une voie.
Comprendre cela, c'est comprendre que l'eau n'est pas seulement une matière. C'est une [archive sensible].
L’eau possède aussi quelque chose de profondément spirituel.
Elle laisse passer la lumière tout en la reflétant.
Elle traverse les matières, relie les mondes, transforme le minéral du sol en vivant. Par elle, les éléments passent de la terre vers la plante, puis de la plante vers l’homme. L’eau transporte, révèle, relie.
Elle épouse chaque forme sans jamais perdre sa nature.
Peut-être est-ce pour cela qu’elle nous apaise autant : parce qu’elle nous rappelle la circulation, le mouvement, la transformation.
Dans la médecine traditionnelle chinoise, le choix de l'eau utilisée pour infuser un thé peut être déterminé par l'intention thérapeutique du soignant.
L'eau fait partie du soin.
Et c'est encore le cas aujourd'hui.
L'eau fait partie du soin.
C'est en grande partie l'objet de ce que l'on pourrait communément appeler la cérémonie chinoise du thé, le gong fu cha, l'art d'infuser avec maîtrise. Un rituel qui ne relève pas du protocole mais de l'attention à la perception, avec comme musique de fond, le bruit de l’eau.
L’approche ALTER THĒA
Cette conscience a une influence sur le processus de création, car le thé parfumé devra se lire à travers l'eau.
Les arômes ne viendront que sublimer l'eau et les ingrédients, sans chercher à la masquer ou à la troubler. C'est donc une avancée intéressante dans l'art du thé parfumé, puisque l'intensité représentait pour beaucoup jusqu'alors un gage de qualité. Il n'en est rien. L'aboutissement du geste de créateur est, selon moi, aujourd'hui sans l'ombre d'un doute, la poésie de la subtilité, des détails complexes mais brumeux. Une aquarelle de parfums, de matières, de textures, comme une goutte sur la peau. Rien de plus, rien de fort. Si je ne peux plus percevoir l'eau, alors le thé n'a pas non plus sa place.
Un premier GESTE
Je vous propose quelques conseils pour accompagner cette réflexion.
Privilégiez une eau peu minéralisée, idéalement filtrée. Chauffez-la à la bonne température, sans jamais la faire bouillir. Pour les dégustations précieuses, je recommande la Mont Roucous ou la Volcania.
Redonnez-lui du mouvement. Versez-la lentement, de manière circulaire, le long des parois de la tasse ou de la théière, en y posant cette intention de vie.
Ce geste n'est pas seulement élégant. Il réveille l'eau.